Cela fait maintenant quelques semaines que j'écoute le dernier album des Decemberists en boucle. Comme on pouvait s'y attendre de la part des plus grads conteurs d'histoires de la décennie, les récits extravagants s'y retrouvent en grand nombre : une chanson à propos du cercle botanique de Léningrad dont les membres protégeaient leurs jardins pendant qu'ils mouraient de faim au début de la guerre côtoie une berceuse trompeuse à propos des bouchers de Shankill, et les marins fétiches des Decemberists ne sont jamais loin... Pourtant, ce qui donne une telle force de cohésion à l'album, c'est la chanson appellée "The Crane Wife" (la femme-grue) qui se déroule petit à petit, en trois parties magnifiquement orchestrées et particulièrement touchantes. L'inspiration de cette chanson a été un conte japonais appelé "La grue reconnaissante". Une consoeur bloggueuse l'a traduit en français il y a quelques temps : en espérant son autorisation ultérieure, je le mets ici pour que vous aussi vous puissiez profiter de cette histoire si belle.
La grue reconnaissante
(traduction libre par steffikuma)
Il était une fois un jouvenceau, un jeune homme qui vivait seul. C’était hiver, et beaucoup de neige tombait du ciel. Un jour alors que le jouvenceau était en train de rentrer en pleine tempête de neige, il entendit tout à coup une étrange voix gémissante. Se demandant d’où ce bruit pourrait provenir, le jouvenceau se mit à la recherche et alla vers un champ proche. Là, il trouva une grue gémissante et geignante dont l’aile était transpercée par une flèche. Le jouvenceau voulait aider la pauvre grue et enleva la flèche de l’aile. La grue désormais, étant libéré, s’éleva haut dans l’air et s’en alla.
Le jouvenceau rentra alors à la maison. Comme il était un pauvre homme vivant seul, sa vie solitaire lui était douloureuse. Personne ne venait le voir. Mais ce soir-là, le jouvenceau entendit tout à coup frapper à la porte. Il se demanda qui cela pouvait bien être si tard et en pleine tempête de neige. Quand il ouvrit la porte, il fut bien étonné. Devant la porte se tenait une jeune belle fille qui s’était perdue et qui le pria de bien vouloir la laisser entrer pour passer une nuit dans la maison. Le jouvenceau concéda à sa demande. La nuit suivante, il y avait de nouveau la même fille devant sa porte.
Elle voulait une fois de plus passer la nuit chez lui. Elle revint également les nuits suivantes.
Finalement, le jouvenceau demanda à la fille si elle aimait être sa femme, et elle accepta. Bien que tous les deux vivent dans la pauvreté, ils formaient un couple heureux. Même les gens vivant dans l’environ se réjouissaient de voir les heureux. Mais comme l’hiver était très long, l’argent et de la nourriture furent bientôt épuisés, et ils devinrent encore plus pauvres que jamais. C’est ainsi que la jeune femme décida de commencer à tisser et demanda son mari d’installer un métier à tisser dans sa chambre.
Avant de commencer à travailler, la femme faisait promettre son mari de jamais entrer dans la chambre de la jeune femme et de la regarder quand elle tisse. Son mari le promit, et la femme ferma sa porte et commença à tisser. Pendant trois jours et trois nuits, elle tissa sans arrêt. Le soir de la troisième journée, son travail fut achevé. La femme sortit fatiguée de sa chambre avec les tissus et les montra à son mari. Ceux ci étaient les plus beaux tissus qu’il avait vus de sa vie. L’homme se mit tout de suite en marche vers la ville où il les vendit, et comme c’était un travail brillant, il put les vendre au meilleur prix.
Avec l’argent, le couple put vivre pendant un certain temps, mais comme l’hiver continuait, l’argent et de la nourriture furent bientôt épuisé à nouveau. Ainsi, la femme décida une deuxième fois de tisser. De nouveau, elle demanda son mari de pas la déranger au travail. Le mari attendit à nouveau pendant trois jours et trois nuits, mais cette fois, le travail n’était pas encore achevé après ce temps. Au soir du quatrième jour seulement, la femme sortit complètement épuisée de la chambre avec les tissus. Le travail était encore plus beau que le premier et ainsi, l’homme pouvait vendre les tissus à un prix encore meilleur.
Grâce à sa femme, le couple fut très heureux et ne connaissait plus de soucis d’argent, mais bientôt, le mari voulait avoir encore plus d’argent. Aussi, les gens dans l’environ commencèrent à se renseigner auprès de sa femme et de ses arts de tisserande. Ils trouvaient bizarre que la femme sache tisser des tellement beaux tissus bien qu’elle n’achète jamais de fil. Tout le monde croyait que cela devait être un miracle. Le jeune mari devint très intéressé à l’argent, mais en même temps, il voulait aussi découvrir le secret de l’arts du tissage de sa femme et ainsi la pria de tisser de nouveau. La femme fatiguée pensa désormais qu’autant d’argent n’était pas nécessaire, mais elle exécuta le désir de son mari et se mit au travail une troisième fois.
De nouveau, la femme pria son mari de ne la pas déranger au travail et puis commença de tisser encore une fois. Mais le mari voulait absolument découvrir le secret de sa femme. Il ne pouvait plus se contenir, ouvrit la porte de la chambre de sa femme un tout petit peu et regarda dedans. Quel fut son étonnement quand il vit au lieu de sa femme une grande grue assise dans la chambre ! Celle-ci s’arrachait les ailes en tissant. Le mari étouffa un cri de surprise. Il comprenait finalement pourquoi les tissus que sa femme faisait, essaient si brillants. Quand la grue apprit la présence de l’homme, elle se transforma tout de suite dans la forme de la femme.
Puis la femme expliqua toute l’histoire à son mari. En fait, elle était la grue que l’homme avait sauvée voilà quelques temps. En gratitude, elle s’était transformée en une belle fille et tissait pour le pauvre jouvenceau jusqu'à la fatigue complète de son corps. Celui-ci désormais avait rompu sa promesse et découvert le secret. Ainsi, ils n’avaient plus le droit de vivre ensemble. L’homme regretta beaucoup d’avoir été tant après l’argent et d’avoir rompu sa promesse. Mais il n’avait pas de choix et dut se séparer de la belle fille. La femme se transforma de nouveau en grue, s’éleva dans l’air et s’en alla.
Précisons en passant qu'il s'agit d'un conte bien connu, et non pas d'une création du groupe. C'est une habitude, une volonté de faire renaître en musique des textes classiques, comme l'avait par exemple fait Léo Ferré, ou est-ce une sorte de plagiat honteux?
Je ne connais ce groupe que de nom, donc je m'interroge.